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Traumatisme des mémoires et mémoire des traumatismes. Autour de la guerre d'Algérie

Traumatisme des mémoires et mémoire des traumatismes. Autour de la guerre d'Algérie

11 octobre 2017, Auditorium-Hôpital Européen Georges Pompidou (Paris)

Président : Pr Amine Benyamina

Coordination scientifique : Dr Mohammed Taleb

Ne peut-on pas dire que certains peuples souffrent d’un trop de mémoire, comme s’ils étaient hantés par le souvenir des humiliations subies lors d’un passé et aussi par celui des gloires lointaines? Mais ne peut-on pas dire au contraire que d’autres peuples souffrent d’un défaut de mémoire comme s’ils fuyaient devant la hantise de leur propre passé. Paul Ricœur, « Le pardon peut-il guérir? » Esprit 3-4 (1995), 7.

La Société Franco-Algérienne de Psychiatrie organise le 11 octobre 2017 à l’Auditorium de l’Hôpital Européen Georges Pompidou à Paris, un colloque consacré aux aspects mémoriels liés aux traumatismes de la guerre d'Algérie. Notre objectif est de traiter des traumatismes de la mémoire et de la mémoire des traumatismes en croisant divers regards sur la question : ceux d’historiens, d’universitaires, de psychiatres, d’écrivains, de neuropsychologues, ...

Ce colloque devrait contribuer à mieux comprendre pourquoi la guerre et les drames vécus il y a près de 60 ans continuent de produire des effets particuliers sur la mémoire. Quels en sont les mécanismes, les processus en cause? La particularité de la Guerre d'Algérie est qu'elle est l'objet d'une chape de plomb collective et d'un silence général embarrassé et, comme le disait Paul Ricoeur, « Je reste troublé par l’inquiétant spectacle que donne le trop de mémoire ici, le trop d’oubli ailleurs, pour ne rien dire de l’influence des commémorations et des abus de mémoire – et d’oubli. »

Il semble assez clair que la mémoire individuelle entretient des liens étroits avec les représentations collectives et la manière dont sont traités les événements historiques par le corps social dans son entier. Il est probable qu’elle soit soumise à de nombreuses influences, évolutions et changements que lui imprime « la conscience » (et/ou l’inconscient) collective. Il y a intrication entre traumatismes, mémoire individuelle, mémoire collective et mémoire historique dans des mouvements multidirectionnels. Ces mêmes phénomènes peuvent être appréhendés en tenant compte des mécanismes biologiques et neuropsychologiques de la mémoire et, à l’inverse, il est difficile de comprendre ces mécanismes sans prendre en compte des influences sociales et collectives.

Il est bien entendu difficile de répondre à de telles questions mais il est essentiel de souligner la nécessité d’une approche multidimensionnelle. Une lecture qui consisterait à réduire les traumatismes de la mémoire à une configuration personnelle singulière ou celle encore qui relèverait d’une démarche exclusivement sociale et politique, au risque de dissoudre l’expérience subjective personnelle dans une approche historique globalisante, risquent d’être restrictives et réductrices. Au même titre que l’existence d’une problématique individuelle en rapport avec les états post-traumatiques, pourrait-on invoquer une forme de traumatisme propre à la société toute entière pour expliquer certaines manifestations de souffrance individuelle. On voit là toute la complexité de ces questions auxquelles la psychiatrie est soumise.

Pour toutes ces raisons, nous nous inscrivons dans une démarche que l’on pourrait qualifier de « centripète » et à travers les divers analyses d'historiens, de neuropsychologues, psychiatres, universitaires, écrivains, ... sur les liens entre mémoires individuelles, collectives, historiques et mémoires traumatisées, tenter de comprendre un peu mieux les particularités liées à la guerre d'Algérie. Et pour illustrer « l'amnésie collective » qui entoure cette guerre, il est assez significatif de constater la rareté des travaux des psychiatres des deux pays sur cette question essentielle contrairement à d'autres guerres ou conflits qui on donné lieu à une littérature scientifique plutôt abondante.

Mohammed Taleb

 

Programme

8h00-8h30 : Accueil des participants

8h30-8h45 : Allocutions

8h45-9h00 : Introduction. Pr Sadek Beloucif, Médecin-Chef du service d’anesthésie-réanimation à l’hôpital Avicenne (Bobigny).

Session 1. Président : Pr Tramor Quemeneur

9h00-9h30 : L’articulation mémoire individuelle/mémoire collective. Denis Peschanski (Directeur de recherche au CNRS).

9h30-10h00: Lien entre le traumatisme colonial, son  omniprésence dans le présent et l'impossible mémoire collective. Pascal Blanchard (Chercheur LCP/CNRS et Groupe de recherche Achac)

10h00-10h30: La Guerre de libération nationale (1954-1962) dans la mémoire des Algériens. Mohand-Amer Amar (Historien, Chercheur au CRASC, Oran)

10h30-10h45 : débat

10h45-11h15 : pause

Session 2. Président : Pr Pierre Michel Llorca

11h15-11h45 : 13 Novembre : un programme de recherche sur les mémoires traumatiques. Pr Francis Eustache. Directeur de l’unité Inserm-EPHE-Unicaen (Neuropsychologie et Imagerie de la Mémoire Humaine), Caen.

11h45-12h15 : Mémoire et identité après un traumatisme complexe. Fabrice Berna (Psychiatre, Praticien Hospitalier - Inserm, Strasbourg)

12h15-12h30 : débat

Session 3. Président : Pr Sadek Beloucif

14h00-14h30 : Les immigrés algériens en France pendant la guerre d'Algérie. Traumatismes et identités. Benjamin Stora (Historien, Professeur des Universités))

14h30-15h00 : Retour sur le modèle du « traumatisme historique ». A propos du vote Front National chez les pieds noirs. Eric Savarese (Professeur de Science Politique à l’Université de Montpellier)

15h30-16h00 : Harkis : Rapatriés ou réfugiés ? L'épreuve d'une identité singulière. Fatima Besnaci-Lancou (Historienne).

16h00-16h15 : débat

Session 4. Président : Pr Pascal Blanchard

16h15-16h45 : Fictions, mémoires et post-mémoires de la guerre d’Algérie dans la littérature française. Catherine Brun (Professeur Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3)

16h45-17h-15 : La mémoire traumatisante dans quelques romans et nouvelles d'auteurs algériens d’expression française. Désirée Schyns. Professeur à l’Université de Gand.

17h15-17h30 : débat

17h30 : Conférence de clôture : Connaissance des faits, tabou du récit, silence…Alexis Jenni, lauréat du Prix Goncourt 2011.

Pour toute inscription : http://www.katanasante.com/nos-evenements/congres-afmp