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La situation interpelle les autorités à Oran : 128 tentatives de suicide en deux mois

Selon des médecins, la situation est encore plus dramatique car de nombreuses tentatives de suicide ne sont pas déclarées par les parents.

La mal-vie, la misère sociale, l'absence de communication entre les générations et l'absence de perspectives sont autant de phénomènes sociaux qui sont à l'origine de très nombreux cas de tentatives de suicide enregistrées régulièrement par les services d'urgence en premier lieu. Ces maux sont connus de tous les spécialistes de la santé, qu'ils soient psychologues, psychiatres ou sociologues. Ils révèlent, en fait, une société en crise, en pleine mutation où les repères, les modèles indispensables chez les jeunes pour se représenter et se projeter dans l'avenir sont éclatés et confus. Aujourd'hui, sur le terrain, nous devons faire face à une situation extrêmement grave, plus qu'alarmante, comme nous le prouvent les statistiques disponibles au niveau du service des Urgences médico-chirurgicales d'Oran (UMC). Ainsi, pour la période allant du 1er juin au 15 août, soit deux mois et demi, 128 tentatives de suicide ont été recensées, 15 tentatives ont été faites par l'absorption de poison, 113 avec des médicaments.

Des médecins que nous avons interrogés sur cette question estiment que les statistiques seraient plus éloquentes, puisque de nombreuses tentatives de suicide ne sont pas déclarées par les parents. Parfois, ces derniers tentent de les maquiller en faisant passer la tentative de suicide d'un de leurs enfants en un accident. Il faut dire que la société traditionnelle porte un regard très cruel et négatif sur ce phénomène, ce qui a pour conséquence d'aggraver la situation. Car, très souvent, les tentatives de suicide sont le fait de jeunes filles dans leur grande majorité. Le désespoir affectif, le manque de communication avec les parents, le poids de la société quant à la place et le statut de la jeune fille et de la femme de façon globale, sont autant de causes qui conduisent au geste fatal chez les jeunes filles. Mais il y a également ce qui n'est pas montré ostensiblement par les statistiques : les cas de tentatives de suicide chez les hommes adultes ayant 40 ans et plus.
L'on se rappelle l'explosion de ce phénomène peu après les milliers de licenciements dans le monde du travail dans les années 1990. La crise sociale et les difficultés professionnelles provoquent autant de problèmes qui ne sont pas supportés par certains individus qui "craquent" sous la pression sociale. L'on pourrait discourir longuement sur toutes les causes du suicide et qui sont les mêmes de part le monde. D'ailleurs, des chercheurs du Grasc ont entamé une étude depuis 2004 (enquête réalisée auprès d'un échantillon de 400 personnes) qui démontre et confirme l'ensemble de ce phénomène et son ampleur.
Plus que jamais, il faut que les pouvoirs publics, en concertation avec les professionnels de la santé, prennent en charge ce problème qui devient, du coup, un problème de santé. Les tentatives de suicide ne peuvent plus être traitées comme des phénomènes marginaux, épisodiques et mineurs.
Des programmes d'action, des prises en charge psychologiques, médicales et des structures adéquates doivent être mis en place au travers une politique volontaire du ministère de la Santé. Des fonds et des moyens importants doivent être engagés pour soutenir et aider les personnes en difficulté, notamment les jeunes, car le suicide est une forme de violence tournée vers soi, mais aussi vers l'ensemble de la société. À ce titre, il ne sert à rien de se voiler la face ou de refuser encore une réalité qui nous saute aux yeux quotidiennement.

F. Boumediène
Liberté
17 août 2004