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Le désespoir pousse de nombreux jeunes au suicide en Kabylie

Signe évident d'un profond malaise social en Algérie, le suicide est devenu, depuis une dizaine d'années, un véritable fléau touchant notamment les jeunes en Kabylie (est d'Alger), suscitant l'inquiétude des parents et des spécialistes.

La presse rapporte quasi-quotidiennement des cas de suicide de jeunes de 16 à 30 ans en Algérie, mais la Kabylie, région pauvre et montagneuse, à l'est d'Alger, s'y taille la part du lion, avec plus d'une quarantaine depuis le début de l'année, selon des journaux. Vendredi et samedi derniers, un sexagénaire et un homme de 30 ans se sont pendus dans le petit village de Boghni, près de Tizi Ouzou (Kabylie, 110 km à l'est d'Alger), selon des journaux qui précisent que ces deux personnes n'étaient pas dépressives et que leur geste a surpris tout le monde.

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Aucune explication n'a pu être donnée à l'ampleur des cas de suicide touchant la Kabylie, mais des spécialistes et la presse estiment qu'elle est étroitement liée aux retombées de la crise économique particulièrement pesantes sur cette région montagneuse, surpeuplée et pauvre. "Les réformes économiques en Algérie à partir de 1994, avec leur lot de fermeture de centaines d'usines, le brutal licenciement de milliers de salariés sans aucune couverture sociale, la dévaluation de la monnaie algérienne ont ruiné les espoirs de toute une génération", selon un journaliste qui suit ces affaires. La libéralisation de la presse en Algérie après la fin du monopole du parti unique en 1989 a permis de mettre en lumière des faits qui, auparavant, étaient mis sous le boisseau par une presse contrôlée par le Front de libération nationale (FLN). "Il en est de même de l'homosexualité, la pédophilie, les relations sexuelles et les naissances hors mariage qui ont toujours existé mais qu'on cachait soigneusement à l'opinion publique", ajoute-t-il.
La contestation contre le pouvoir central d'Alger, accusé de tous les maux, y est particulièrement virulente. La Kabylie est en révolte larvée depuis le printemps 2001. Des émeutes avaient éclaté en avril 2001 à Beni Douala, près de Tizi Ouzou et embrasé toute la Kabylie, faisant plus d'une centaine de morts, à la suite de l'assassinat d'un lycéen, tué d'une rafale de pistolet-mitrailleur dans la gendarmerie de cette bourgade. Lors de ces émeutes, des journalistes et de nombreux observateurs avaient été frappés par la détresse des jeunes qui, poitrine nue, bravaient les forces de sécurité puissamment armées en criant: "tirez, nous sommes déjà morts, nous sommes des morts vivants". D'autres spécialistes, comme le sociologue Rezki Meurhi, relativisent l'importance du suicide en Kabylie, expliquant que les autres régions du pays ne sont pas couvertes par la presse, alors que des suicides s'y produisent également.
"La Kabylie est bien couverte par la presse francophone et le moindre fait est rapporté, d'où l'impression que ce phénomène y est plus fréquent", estime Rezki Meurhi, tout en reconnaissant une augmentation inquiétante du suicide en Algérie et plus particulièrement en Kabylie. Il n'existe pas de statistiques officielles sur le suicide en Algérie. La crise économique, durement ressentie en Algérie, frappe surtout les régions déshéritées où les jeunes, livrés à eux-mêmes, ont perdu tout espoir, ne pensant qu'à quitter le pays, souvent au péril de leur vie, en ayant recours à des passeurs ou en embarquant clandestinement sur des bateaux. De leur côté, les imams, dans leurs prêches, continuent de stigmatiser le manque de foi des Algériens et leur éloignement de l'islam, censé les protéger contre toute "déviation". Pour l'islam, le suicidé a commis un crime contre la vie, n'a pas droit aux funérailles religieuses et doit être enterré à part.

Alger
AFP
4 août 2004

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