Une affaire de société

Sur 13 CHU, 7 disposent d'un service de psychiatrie totalisant une capacité de 1 350 lits. Sur 31 établissements hospitaliers spécialisés (EHS), une dizaine disposent d'unités de soins psychiatriques avec 2 633 lits. Les services psychiatriques sont également disponibles dans 26 des 100 centres de santé (600 lits) recensés à l'échelle nationale.

L'hôpital psychiatrique de Sidi Chahmi, qui dispose de 500 lits, a vu ses pavillons fortement dégradés. Un de ses derniers a été rénové cette année et peut accueillir 80 à 100 lits supplémentaires. Dans la réalité, cette immense structure a été conçue pour une capacité de 1 200 lits. Ces chiffres ont été communiqués hier par le directeur de la santé, à l'ouverture d'un séminaire de deux jours portant sur la santé mentale, organisé à l'institut technologique de la santé publique (ITSP) par le secteur sanitaire Oran-Est, lui-même doté d'un centre intermédiaire de santé mentale, une expérience tentée il y a deux ans et demi à la clinique Jean Kraft pour « la prévention et la promotion de la santé mentale et son intégration à part entière dans le système de la santé publique. » Les organisateurs suggèrent de dépasser les cas cliniques apparents pour s'intéresser à la santé mentale dans l'ensemble de la société.

Pour une meilleure prise en charge des pathologies

Respectivement présidente du comité d'organisation et président du comité scientifique, le Dr Senhadri Samira et M. Lakjaâ ont donné les deux objectifs principaux de cette rencontre, la troisième du genre depuis 2002. Il s'agit, expliqueront-ils, de lancer le débat sur les retombées sociales des maladies mentales et de rechercher des pistes pour une meilleure prise en charge des pathologies, considérées ici comme n'importe quelle autre maladie, étant donné que « l'esprit est toujours en corrélation avec le corps. » L'intitulé (changement social, santé mentale et santé physique) de ce colloque pluridisciplinaire, réparti sur une vingtaine de communications, a été inspiré du thème retenu cette année par la Fédération mondiale de la santé mentale : « Le rapport entre la santé mentale et la santé physique : troubles concomitants. » Hormis la psychiatrie, les points de vue des autres spécialités intervenant dans le domaine, comme la psychologie ou la psychanalyse (formation non diplômante), mais aussi d'autres disciplines comme la médecine générale, la sociologie ou même l'anthropologie, sont également pris en compte. Pour tout conférencier invité à communiquer et à débattre, les mutations sociales sont un facteur non négligeable de détérioration de la santé mentale des individus. Certains rappelleront à ce sujet l'apparition ou l'augmentation des taux de suicide chez les chômeurs ou en milieu ouvrier, avec les compressions massives des effectifs. A ces nouveaux phénomènes économiques, M. Lakjaâ ajoute les retombées du divorce, de la transformation de la famille patriarcale, de l'exclusion, de la dégradation des conditions de l'habitat, y compris dans ses aspects culturels ; en bref, de la précarisation de la société dans ses conditions objectives mais aussi subjectives.

Djamel Benachour
El Watan
24 novembre 2004