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Santé mentale : le Pr Redjimi appelle à une meilleure écoute

150 000 patients recensés selon une enquête réalisée en 2002
632 psychiatres à travers le pays dont 172 exercent dans le secteur public

Le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, M. Mourad Redjimi, a affirmé hier, lors de l'ouverture des travaux du séminaire national sur l'organisation et la mise à niveau des hôpitaux et services psychiatriques qu'organise son département ministériel durant deux jours à l'hôtel El-Marsa de Sidi-Fredj, que cette rencontre s'inscrit dans le cadre des actions engagées au titre du Programme national de santé mentale et qu'il est devenu nécessaire, aujourd'hui, de faire une halte en vue de réfléchir avec les institutions, les professionnels et les associations, au niveau et à la qualité de la prise en charge des maladies mentales en Algérie ainsi qu'aux actions à entreprendre afin de les améliorer.

Cet intérêt pour la prise en charge de ce problème de santé est moult fois réaffirmé par l'OMS à l'effet de concevoir celle-ci comme étant une composante essentielle et indissociable de la santé et les liens préjudiciables qui l'associent à la marginalisation sociale, le chômage, l'errance, la drogue, d'où les résolutions de l'Organisation mondiale de la santé qui appellent à investir davantage dans la santé mentale, considérée comme étant un élément constitutif primordial dans le bien-être de la population. Le ministre précisera également que la rencontre d'Helsinki qui s'est tenue du 12 au 15 janvier dernier s'inscrit dans une démarche qui vise à adopter un plan d'actions pour les dix prochaines années.
M. Redjimi soutiendra que l'Algérie a adhéré à ce mouvement mondial et ce, à travers la consolidation de son dispositif de soins de santé mentale, en évaluant l'efficacité de son système et en identifiant ses forces et ses faiblesses. Le chargé du secteur ne manquera pas de signaler que notre pays dispose d'une école de santé mentale dont la renommée a dépassé les frontières avec des précurseurs illustres tels Frantz Fanon, Boucebsi, Benmiloud, pour ne citer que ceux-là, qui ont formé des centaines de psychiatres de haute valeur dont près de 400 exercent aujourd'hui dans des pays occidentaux. Il ajoutera que le secteur psychiatrique est doté d'une organisation axée sur le rattachement des circonscriptions administratives à des Etablissements hospitaliers spécialisés de psychiatrie ou services de psychiatrie des CHU et secteurs sanitaires pour la prise en charge des patients.
L'intervenant estimera que ce séminaire permettra en fait de mettre en place un modèle d'organisation évolutif, à revoir ou à adapter en fonction des spécificités locales et régionales, en tenant compte de l'importance de déstigmatiser la maladie, d'intégrer la santé mentale dans les hôpitaux et les soins de santé de base afin de rendre accessibles les soins de psychiatrie. Le ministre de la Santé indiquera que ces aspects sont pris en considération par le Programme national de santé mentale élaboré en 2001 et qui a été à l'origine de la création de 188 centres intermédiaires de santé mentale au niveau de 46 wilayas, lesquels veillent à la prise en charge des malades à leur sortie des hôpitaux en post-cure, la délivrance de médicaments pour les patients, en sus des séances de réhabilitation et l'accueil des victimes de violences. Ce même programme a instauré des formations dans les domaines du psycho-traumatisme et des affections de santé mentale les plus courantes au profit des médecins généralistes et des infirmiers.
Les structures de santé mentale ont bénéficié, dira-t-il, du renforcement matériel, pédagogique, didactique et audiovisuel, outre la redynamisation des commissions de santé mentale de wilaya. M. Redjimi fera remarquer par ailleurs que la population des malades mentaux est estimée par l'Enquête algérienne sur la famille réalisée en 2002 à 150 000 patients, soit une prévalence de 0,5 % par rapport à la population globale. Il enchaînera qu'il existe actuellement 4 624 lits d'hospitalisation et 632 psychiatres dont 172 exerçant dans les hôpitaux publics.
A ces structures s'ajoutent les 188 centres intermédiaires de santé mentale et les 52 cellules d'écoute et de prise en charge psychologique des victimes de violence. Ainsi, pas moins de 7 445 consultations ont été dispensées aux malades en post-cure, 67 122 ont bénéficié d'une délivrance de médicaments et 9 811 consultations ont concerné les enfants souffrant de troubles mentaux. Le ministre insistera néanmoins qui'il faut désormais réfléchir à des structures alternatives à l'hospitalisation, à l'instar des hôpitaux de jour, les soins à domicile et les centres d'accueil thérapeutiques à temps partiel, la maison communautaire et autres solutions auxquelles recourent les autres pays pour une prise en charge intégrée médicale et sociale. Il mettra en exergue l'intérêt d'identifier les zones du pays insuffisamment desservies en structures de psychiatrie ou centres intermédiaires de santé mentale intégrés aux structures sanitaires de base.
Pour rappel, ce séminaire auquel assistent des représentants des Nations unies, des présidents d'associations et des directeurs d'hôpitaux, sera marqué par la constitution de six ateliers qui débattront de la question de la prise en charge des malades mentaux, allant de l'accueil, et l'hébergement, à l'état des structures.

El Moudjahid
14 février 2005