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Le pays compte 150 000 schizophrènes : un Algérien sur dix sombre dans la dépression

La santé mentale des Algériens n'est pas au beau fixe, à en juger par les statistiques qui nous poussent à mieux gérer les charges émotionnelles et le stress quotidiens afin d'éviter de sombrer dans l'abîme.

Le constat est accablant : un Algérien sur dix souffre de traumatismes psychiatriques ou de dépression nerveuse. Un chiffre alarmant qui a été communiqué hier au congrès international de psychiatrie consacré à la situation mentale dans le monde arabe. Selon des données sur le cas Algérie, les maladies mentales sont en constante progression, avec une ascension particulière pour la schizophrénie. Selon les recoupements faits au niveau hospitalier, pas moins de 150 000 Algériens souffrent de schizophrénie, cette maladie qui fait plonger le patient dans des mondes différents ne sachant plus dissocier la réalité de la rêverie. La prise en charge hospitalière reste en deçà des besoins, avec la disponibilité de seulement 5000 lits pour 500 psychiatres, soit un psychiatre pour 60 000 habitants. Notons que la tendance à la hausse des maladies mentales n'est pas une particularité algérienne, c'est même une tendance générale, notamment en Egypte, au Maroc et en Tunisie. Au pays des pyramides, la dépression nerveuse représente 25% du taux de maladies mentales recensées.
Au Maroc, la tendance est aussi forte, avec une prévalence des troubles mentaux de 48,9% contre 26,5% pour la dépression nerveuse. Alors que la situation est bien plus avantageuse en Tunisie, avec 6,1% pour la dépression nerveuse et 0,5% pour la schizophrénie. Selon des études prospectives établies par l'Organisation mondiale de la santé, la dépression nerveuse sera d'ici à l'horizon 2010 la deuxième cause d'incapacité après les maladies cardiovasculaires. Le manque de psychiatres serait une des raisons de cette hausse du nombre de dépressifs.
Le grand pays qu'est l'Egypte ne compte que le petit nombre de 1000 psychiatres pour une population de 73 millions d'habitants, soit un psychiatre pour 73 000 habitants. La Tunisie enregistre, quant à elle, deux psychiatres pour 10.000 habitants, contre seulement 350 psychiatres au Maroc. Des chiffres qui attestent d'un désintérêt de la part des politiques face aux maux de l'esprit, pourtant source de réels dangers pour l'homme. « La santé mentale doit être au centre des préoccupations des politiques car une mère souffrant de troubles psychiatriques aura des conséquences très graves sur la santé de son enfant », souligne le docteur Moussaoui du Maroc. Le débat a montré que la gent féminine reste la plus vulnérable face aux troubles mentaux et que nul ne peut vivre 70 ans sans avoir au moins une crise de panique. Le professeur Kacha, président de la Société algérienne de psychiatrie — société organisatrice du congrès — a plaidé, pour sa part, pour la création d'une direction de la santé mentale au niveau du ministère devant « booster la législation sur les droits à la santé mentale et le développement de cette spécialité ».

Nadjia Bouaricha
El Watan
8 novembre 2007